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Jeudi 17 Mai 2012

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Forum social
21 au 25 novembre 2011

2e débat du Forum Social
«Argent, drogue et dopage: auront-ils la peau du sport?»
Compte-rendu

Présents:

  • Participants: 100 personnes
  • Intervenant: Monsieur Patrick MONTEL
  • Elus:
    • M. Serge LEPELTIER, Maire de Bourges
    • M. Pascal BLANC, Maire-Adjoint
    • Mme Danièle MONNET, Maire-Adjoint

Monsieur le Maire ouvre la séance et à l’occasion de cette deuxième journée du forum social il invite les participants à échanger sur le thème du sport et de ses dérives. En effet, ce forum a pour but de communiquer avec le monde associatif sur la question des associations, mais aussi sur des thèmes plus précis, c’est également une ouverture au sujet pour évoquer un secteur en particulier.

Argent, drogue et dopage est un sujet quelque fois compliqué. Cependant il implique une catégorie de sport. Heureusement le monde associatif n’est pas forcément concerné mais il peut être au cœur des difficultés rencontrées.

En introduction, la diffusion d’un film sur des témoignages pris lors de la dernière fête des associations montre le manque de bénévoles, les difficultés rencontrées au niveau des subventions et au niveau de la communication.

Constats de M. Patrick MONTEL

Le sport a ses bienfaits et ses dérives. Cette thématique comprend l’argent, la drogue et le dopage mais aussi les médias. Car le travail des médias rentre aussi dans les dérives du milieu du sport.

Avec les récents propos de Yannick Noah et du Directeur Général de l’Agence mondiale de l’antidopage, la thématique est on ne peut plus d’actualité. Dans un premier temps, il y a eu l’affaire de Yannick Noah. Ce dernier a dénoncé dans une chronique du journal Le Monde du 19/11/11 les résultats miraculeux des sportifs espagnols. Mais surtout il pose la question de légaliser le dopage. A quoi sert de lutter contre quelque chose d’inéluctable? Ensuite, le patron mondial de l’antidopage a affirmé: «Aujourd’hui seul les dopés «simplets»se font attraper». En effet sur 268 000 contrôles seulement 36 cas ont été révélés positifs. Actuellement, la lutte antidopage n’est plus adaptée.

La question du problème de la légalisation du dopage a été posée par internet. Sur 30000 réponses, 30 % des personnes, soit 1 sur 3, sont d’accord avec les propos de Yannick Noah. Les gens pensent que la bataille est déjà perdue.

Le dopage

Derrière le dopage existe la notion de triche, qui est liée à la compétition. Et donc ensuite vient la volonté de consommer des substances dopantes pour être le premier ou le deuxième. La triche est la base et existera toujours tant qu’il faudra gagner. La seule manière de lutter contre le dopage, ce serait de supprimer la compétition.
Ensuite, vient le dopage qui s’attaque, lui, à l’athlète lui-même. Les exemples ne manquent pas et ce fléau est présent dans tous les sports, même le football. Ce sport est tellement considéré et est un enjeu tellement important sur le plan économique et financier que le dopage est officiellement absent. Pourtant des équipes sont frappées par des exemples de morts subites.
En outre, il faut savoir que le dopage est installé dans le sport et si les joueurs refusent de rentrer dans cette spirale, quelque part ils s’excluent du groupe ou de l’équipe.

La culture du dopage est également rentrée aujourd’hui dans l’imaginaire de nos enfants. Suite à un sondage où l’on demande aux adolescents s’ils acceptent de mourir à 40 ans, si auparavant ils ont été champions Olympique, la majorité répond «oui». Pour eux, le dopage a une notion de jeunesse éternelle.

Le sport de haut niveau entretient cette culture de la gagne. Et quand les athlètes commencent à avoir des difficultés pour récupérer ou ne sont plus au niveau, les produits dopants leurs permettent de retrouver leurs places, de continuer d’exister par rapport aux supporters, à la famille et aux amis. Il faut savoir que la compétition de haut niveau comprend des gens «anormaux»; ils sont poussés à l’extrême; ils sont préparés pour battre un record. Les gamins tombent ainsi dans cette culture de l’excès, qui côtoie aussi la culture de l’extrême. Par conséquent, il y a la notion de dopage, c’est une façon d’aller au-delà de ses limites.

La problématique aujourd’hui est de savoir: qu’attend-t-on du sport? Pourtant, la base du sport est bien de rester en bonne santé et de se sentir bien dans son corps. A l’inverse, les parents ou l’entraineur demandent aux enfants de gagner, de battre un record. Mais attention, cette culture de l’extrême entraine une grande solitude, et là, l’enfant ou l’adolescent se trouve en rupture et se résout ainsi à consommer des pilules.

Moralement, cela pose un certain nombre de questions. Il faut d’abord s’interroger sur le dopage avant de mettre en cause les puissances de l’argent.

Toutefois, il y a plus d’argent à se faire dans la vente de produits dopants que la cocaïne ou l’héroïne. A savoir, en plus que ces dealers ne sont même pas sûrs de se retrouver en prison. De même, les marques et les sponsors ne sont pas contre d’être associés aux produits dopants. Cela leur fait de la publicité, par exemple l’affaire Festina avec ses montres.

L’argent

Le rôle de l’argent est devenu de plus en plus important. 25 ans en arrière, les matches de football se vendaient 1 500 000 euros par an, aujourd’hui ils se vendent 600 millions euros par an.

La nouveauté d’aujourd’hui est l’arrivée des mafias qui est de plus en plus inquiétante dans le sport. Ce milieu devient une formidable machine à recycler l’argent sale.

Autre combine, lors des transferts, lorsque qu’un joueur vaut 20 millions d’euros et que le club l’achète à 40 millions euros, une partie de ce transfert se transforme ainsi sous forme de rétro commission qui permet d’aménager une caisse noire et d’enrichir les vendeurs. Ces transferts se font ainsi par une multitude d’agents qui prennent des commissions importantes.
De la même manière, il existe la capacité de s’acheter une notoriété en acquérant un club de haut niveau. Autre fait, un président de club de ligue 1, bénévole, possédant des parts dans un club à l’étranger, est ainsi rétribué et par conséquent il est facile d’imaginer les rétrocommissions pour enrichir ce dernier. Il existe également les paris en ligne qui ont été légalisés.

Enfin, la corruption se trouve partout dans le sport, des pratiques illicites existent également dans les candidatures pour les jeux olympiques.

Le rôle des médias

Le sport business et le sport spectacle demandent des cadences toujours plus fortes. La faute à qui? Les médias sont donc aussi responsables.
Après les années 80, avec l’arrivée de Canal +, notre société rentre dans une marchandisation du sport. Aujourd’hui, le football devient un feuilleton récurrent; tous les jours les chaines de télévision diffusent des matches. Mais cela demande un coût. Les médias demandent des contrats de plus en plus importants, donc des quantités de plus en plus considérables d’argent sont injectées dans le football. A tel point que ce dernier est devenu télé dépendant. La part des droits de la télévision dans un club est supérieure à 50%. Ainsi, les clubs ne peuvent plus vivre sans la télévision.

Par conséquent, le rôle du journaliste est de vendre un produit et non de dire les vérités. Les journalistes deviennent ainsi des schizophrènes, ils se dédoublent, d’un côté il y a l’envie de dire stop au dopage, et de l’autre c’est la volonté de respecter l’équilibre de l’entreprise qui paye les journalistes.
Heureusement, des gens courageux témoignent et acceptent de dire la vérité. Malheureusement, ils ne sont pas nombreux et en plus ces derniers sont rejetés de leur milieu. Etre repenti n’est pas simple.

En outre, il faut savoir que pour parler d’un évènement sportif, les médias doivent acquérir des droits. Par exemple, la Formule 1 est accrédité à TF1. A présent, c’est l’organisation sportive qui donne les accréditations aux chaines de télévision. Ainsi, la pression est tellement forte, qu’on peut se poser la question de savoir si l’information sportive est devenue une marchandise et non un droit.

Le sport, l’argent, le dopage et la télévision sont mêlées. Cependant, il reste toujours de l’espoir: celui de nous apporter du plaisir, de partager des émotions avec des personnes de cultures différentes, venant de diverses catégories socioprofessionnelles et de partager les vraies valeurs du sport.

Contenu des échanges

  • M. LEPELTIER:
    Au-delà du dopage, il est inquiétant de voir que le sport de haut niveau aboutit à la destruction de leur propre corps. Il faut donc se poser des questions pour l’avenir même si aujourd’hui nous n’avons pas de réponse.
    En tant que responsable de collectivité, j’ai également été choqué de voir les clubs demander aux collectivités, donc les contribuables, de payer des choses alors que sur le terrain les sportifs sont payés avec des sommes considérables.
  • Autre intervenant:
    Il y en a marre des «pas vus pas pris».
  • Autre intervenant:
    Il fait remarquer que le sport spectacle draine toutes ses dérives. Mais il existe d’autres sports comme les vétérans, par exemple dans le vélo.
  • M. MONTEL:
    Le dopage est partout même chez les vétérans.
  • Un marathonien:
    Je fais du sport pour être bien dans ma santé, dans mon corps, pour rencontrer avant tout les hommes et femmes dans les différentes villes du monde. Toutes ces valeurs me donnent l’envie de faire du sport.
  • Autre intervenant:
    Je pense qu’un jour ou l’autre le dopage va être légalisé. Aujourd’hui, on parle de dopage dans le sport mais notre société est dopée.

Solutions envisageables

  • Instaurer un chèque de caution avec une somme importante à chaque compétition et à encaisser en cas de contrôle de dopage positif.
  • L’éducation a aussi un rôle à jouer, par l’intermédiaire des associations et des parents. Il faut expliquer aux enfants que le sport a des valeurs extrêmement fortes mais pas pour le fait d’arriver le premier ou le deuxième. Il faut être capable de véhiculer ces valeurs de partager des choses et de transpirer ensemble.
  • Associer la jeunesse (écoles – lycées) au prochain forum social.
  • Le dopage est un fléau dans notre société comme celui de la sécurité routière. Il suffirait donc de réaliser des campagnes sur la drogue de la même manière que l’alcool.

Pour conclure, M. LEPELTIERpose une dernière question à Patrick MONTEL: «si vous êtes journaliste sportif, c’est que vous aimez le sport, comment aujourd’hui assumez-vous votre métier?»

M. MONTEL: «J’aime le sport mais j’aime surtout les gens. Ce qui m’intéresse c’est de raconter des histoires et dans le sport il y a des histoires extraordinaires. Lorsque je parle d’un éthiopien sur un marathon, il devient un homme à part entière. Il n’a plus de couleur de peau, plus de nationalité, plus de religion, c’est juste un héros. J’ai envie de rêver avec eux. Je suis peut-être schizophrène avec la réalité. Mais mon métier me permet de ne plus être indifférent les uns aux autres.»

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