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Jeudi 17 Mai 2012

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Forum social
21 au 25 novembre 2011

1er débat du forum social
« Les bénévoles, une espèce en voie de disparition ? »
Compte-rendu

Présents

  • Participants : 160 personnes
  • Intervenant : Mme Le professeur DAN FERRAND-BECHMANN
  • Modérateur : M. Philippe NOIREAUX
  • Elus
    • M. Serge LEPELTIER, Maire de Bourges
    • M. Pascal BLANC, Maire-Adjoint

Monsieur le Maire ouvre la séance et explique que l’objectif de ce forum est d’avoir un vrai échange avec les associations et ses membres sur des sujets divers. Ces échanges permettront de proposer des solutions et d’apporter des idées nouvelles afin de les fructifier.
Ce forum social fait suite au forum citoyen qui a fonctionné depuis 3 ans.

Un français sur quatre est membre d’une association. L’implication dans une association et la bonne volonté du bénévolat sont des valeurs très importantes. Les associations jouent le rôle de relais entre les élus et la population pour mener de nombreuses actions dans différents domaines tels que le sport, la culture ou le social.
La thématique traite des difficultés rencontrées par les associations pour trouver des bénévoles cependant il a été constaté que leurs nombres augmentent.

M. NOIREAUX présente en introduction un film sur des témoignages pris lors de la dernière fête des associations et qui font part du manque de bénévolat, des difficultés rencontrées au niveau des subventions et au niveau de la communication.

Constats de Mme FERRAND-BECHMANN

Les bénévoles sont de plus en plus nombreux mais ils sont confrontés à l’augmentation des besoins. Le peuple des bénévoles comptent aujourd’hui 14 millions de français. Un bénévole est une personne qui rend un certain nombre de services mais aussi une personne militante.

Un changement dans le bénévolat a été constaté : les bénévoles ne sont plus affiliés à vie dans une même organisation mais ils changent d’activités régulièrement. En outre, Mme FERRAND-BECHMANN a découvert lors de ses études que de plus en plus de personnes sont concernées par le projet de l’association, par exemple la lutte contre le cancer. Ainsi la notion d’une personne concernée et celle d’une personne impliquée sont différentes. Le bénévolat est aussi un temps très différents entre les personnes à plein temps et occasionnel. De même, les sortes d’engagements sont diverses : entre la gestion d’une association, le fait de rendre des services, la revendication de paroles engagées ou encore le « mauvais bénévole ».
Le problème en France est qu’aucune gestion des ressources humaines n’existe au sein du tissu associatif.

En France, le monde associatif doit faire face à plusieurs contradictions qui existent au sein de notre société. Par exemple, aujourd’hui où tout se paie, l’acte du bénévolat reste attaché à ses valeurs de gratuité. Ainsi, la cohabitation entre les salariés et les bénévoles au sein d’une même association est parfois difficile.
Dans le milieu du bénévolat, toutes les portes devraient être ouvertes.
En outre, il devrait théoriquement avoir une égalité des statuts. En effet, les postes de pouvoirs devraient être ouverts à tout le monde, même aux personnes qui n’ont pas de formation ou d’éducation longue, de même pour les jeunes. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.
Les solidarités collectives ont ainsi eu un effet sur les solidarités non obligatoires. Malgré cet Etat Providence, il y a beaucoup de bénévolat. En effet, la France est un pays où il y a des solidarités obligatoires et des bénévolats.

Principales suggestions sur les droits et les devoirs des bénévoles

Les devoirs des bénévoles

  • Respecter le projet de l’association – les bénévoles sont présents pour défendre la valeur de l’association ;
  • Respecter la dignité des personnes et le secret de confidentialité ;
  • Respecter les salariés ;
  • Avoir un engagement régulier : la demande de régularité est très forte mais les bénévoles réclament une liberté au niveau du temps.

Les droits des bénévoles

  • Avoir des guides pour que les bénévoles sachent où ils vont ;
  • Avoir un environnement de travail, actuellement ils sont très faibles ;
  • Obtenir des défraiements : des inégalités sont présentes auprès des bénévoles, notamment pour l’assurance ;
  • Acquérir une valorisation – une reconnaissance : cette dernière est très faible, la validation des acquis de l’expérience ou la remise de médailles sont très peu réalisée ;
  • Avoir un peu plus de convivialité ;
  • Acquérir des droits sociaux : notamment chez les femmes, aucun droit n’est reconnu en terme de retraite ou maladies. En effet cet apport de travail n’est pas comptabilisé. Et pourtant les associations créent énormément d’emplois.
  • Acquérir une formation.

Mme FERRAND-BECHMANN conclut en indiquant que le travail des bénévoles est très peu reconnu et valorisé en France. Pourtant ils font un travail formidable et ils sont heureux de faire du bénévolat, parce qu’ils l’ont choisi. Elle cite : « vous pouvez vous regardez dans la glace, parce que vous faites quelque chose de bien. Cela correspond à une valeur de fraternité, d’humanité et de solidarité ». De ce fait là, elle pense que la mort du bénévolat ne sera pas annoncée dans l’immédiat.

Contenu des échanges

Thème 1 : Est-ce que le bénévolat aujourd’hui n’est pas le symbole d’une faillite du système ? Les collectivités locales et l’Etat ne se reposent-ils pas trop sur les associations pour remplir les tâches et les missions dévolues à leurs collectivités ?

  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Certainement. Il faudrait peut-être financer certains emplois. Le bénévolat est une preuve de citoyenneté, ce n’est donc pas une faillite du système mais au contraire un apport.
  • M. LEPELTIER :
    En effet, certaines missions devraient être prises en charge par les institutions, cependant certaines d’entre elles sont beaucoup mieux remplies par les associations que par les collectivités locales. Certes, les associations ne peuvent pas tout assumer, mais en complémentarité, elles apportent un plus. La solution serait de voir comment les délégations de services publics auprès des associations pourraient être formalisées.
  • Salariée d’une fédération nationale :
    L’association exerce une délégation de service public même si ce n’est pas officiel. Il faudrait donc formaliser ce type de délégation.
  • Salariée d’une association de protection de la nature et de l’environnement :
    Elle a le sentiment que l’association devient parapublique. Cette dernière est bien conventionnée mais le résultat constaté est que les objectifs associatifs sont soumis par une volonté politique et non imposé par les bénévolats. Nous avons l’impression que des missions sont données aux associations pour des raisons économiques parce que le coût est moins élevé.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Face à ce problème de crise économique, un constat a été fait au niveau des salaires qui sont très faibles, en outre ils sont beaucoup moins bien assurés par rapport à la fonction publique. Des choix politiques sont à faire. Ce qui est choquant c’est le fait que les associations ont tant à faire sur la lutte contre l’exclusion. Ici, l’Etat se défausse et les bénévoles le ressentent.
  • M. LEPELTIER :
    Par exemple dans le cadre de l’environnement, des associations sont missionnées par l’Etat. Cela comprend des avantages et des inconvénients. Toutefois, certains secteurs ne peuvent être pris en charge par l’Etat, c’est un problème financier. En effet des directives sont données. Cependant des règles doivent être appliquées et respectées.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Les associations sont devenues une force politique. Les regroupements d’associations et les fédérations sont la force de la France.

Aujourd’hui l’engagement dans les associations est-il le même qu’autrefois dans le milieu politique ?

  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    L’engagement syndical est moins fort aujourd’hui car il y a une disparition d’un certain nombre de métier. Toutefois, un changement est présent. Il y a une force d’action de développement local, d’action communautaire au niveau de la France rurale. En outre, les personnes du troisième âge sont plus nombreuses dans l’engagement des associations. Leur attache sera plus associative.

Thème 2 : Relations et passerelles entre la Ville de Bourges et les associations. Existe-t-il des outils et/ou des liens ?

  • M. BLANC :
    C’est un équilibre permanent entre ce tissu associatif, qui est important, et la collectivité. La Ville de Bourges fait en sorte que les associations vivent et qu’elles vivent bien, en offrant par exemple des structures sportives auprès des jeunes.
  • M. LEPELTIER :
    Une maison des associations existe mais sur les questions juridiques, qui ne sont pas évidentes, il n’y a pas forcément de réponses. C’est un réel sujet.
  • Autre intervenant :
    Il existe un office municipal des Sports et de la Jeunesse et de la Culture.
  • Autre intervenant :
    Les statuts sont à déclarer à la Préfecture et ces derniers peuvent apporter des réponses.

Thème 3 : Quelles sont les motivations des bénévoles qui s’engagent ?

  • Les motivations que l’on a étudiées par un certain nombre d’études, sont le plaisir, par le fait de choisir son projet, par rapport à l’éthique, à une valeur religieuse ou aux valeurs de la fraternité. Mais il y a aussi des motivations plus pour soi-même, pour rencontrer d’autres personnes, c’est un aspect de la socialisation. Pour les personnes retraitées, le fait d’adhérer à un projet est un moyen de continuer à exercer une activité.

Y-a-t-il des engagements en terme d’image, pour se valoriser ?

  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    En effet, il existe des personnes qui vont chercher dans les associations à garder un statut, un pouvoir qu’elles ont perdu en quittant une entreprise. Mais suite à un certain nombre de scandales, aujourd’hui les responsabilités font peur. Par conséquent, la tentation du pouvoir est limitée par le risque des responsabilités.
  • Président de l’Université Populaire du Berry :
    Il indique que l’aide à la formation existe au sein même des rassemblements au plan national. Il existe ainsi une solidarité entre les territoires et cela permet de faire évoluer le lien social.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Elle a constaté dans les communes françaises où vivent des étrangers, que ces derniers apportent un engagement associatif différents des nôtres. Ils ont une manière différente de gérer et cet apport est formidable.

Thème 4 : A quand le statut de bénévole ?

  • M. LEPELTIER :
    Cela rejoint au statut des pompiers volontaires, il existe une convention entre la Ville de Bourges et le SDIS pour permettre des aménagements par rapport à leur profession. Ce sujet est un élément délicat car cela dépend de l’organisation générale de l’entreprise. Il faut évoquer les difficultés de certaines règles, il y a aussi cette notion de permettre mais on ne profite pas, mais pourquoi ne pas travailler sur ce sujet.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Ce sujet est lié à la question de la reconnaissance. Si on ne leur donne pas assez de statut, on risque de perdre une force de bénévolat. Pour le cas des mères de familles, elles n’ont aucun droit et par conséquent elles sont limitées dans leur vie associative.
  • En effet, les problèmes des activités et de la pyramide des âges font que les membres entre 30 et 50 ans se font rares. Des règles sont peut-être à trouver pour améliorer ce lien entre activité et bénévolat. Cependant, il faut avoir conscience qu’aujourd’hui en France, les actifs possèdent plus de huit semaines de congés par an. Ne peut-on pas prendre sur ce temps ?

Thème 5 : Favoriser l’intégration des jeunes dans les associations

  • Présidente de la MJC d’Asnières :
    En étant mère célibataire, avoir un statut du bénévole, c’est très difficile, notamment pour une femme. Il y a un réel besoin pour mener à bien nos activités associatives.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    Il est indispensable de travailler sur ce statut du bénévole. Cependant des progrès ont été réalisés, par exemple les droits de formation, la création de Maison des associations. En outre, les regroupements ont joué un rôle à cette évolution. Toutefois, les politiques devraient réfléchir à ce sujet.
  • Autre intervenant :
    Les jeunes sont les bienvenus mais pour maintenir les projets, il faut préserver une certaine rigueur. Par conséquent, les associations ont besoin de personnes qui s’impliquent au niveau des actions mais également dans la réflexion.
  • Autre intervenant :
    La difficulté rencontrée par les jeunes est la recherche d’emploi. Chercher un travail est une occupation à temps plein et donc il ne leur est pas possible de s’engager de manière régulière. Leur priorité est d’obtenir un salaire. De plus, la majorité des associations demande aux jeunes de faire leurs preuves. Pourtant, ces derniers peuvent être jeune et bénévole.
  • Autre intervenant :
    Pourtant les étudiants dans les grandes écoles sont familiarisés dans le milieu du bénévolat.
  • M. BLANC :
    Les bénévoles sont avant tout des adhérents et dans certaines structures on constate un turn-over de plus en plus important. Les jeunes ne sont-ils pas touchés par le phénomène de zapping ?
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    En général, les personnes affiliées à une association ont tendance à aller d’une association à une autre. Cependant certains jeunes sont militants. La question est de comprendre pourquoi les jeunes sont mal accueillis ? Car ils sont engagés. Concernant les étudiants dans les Grandes Ecoles, le bénévolat est une action obligatoire. Par exemple, dans les écoles de commerce, à peine 10% des jeunes s’engagent à la fin de leurs études. L’engagement obligatoire est en contradiction avec la notion de bénévolat, où l’action doit venir de la personne.

Thème 6 : Gestion administrative lourde

  • Autre intervenant :
    La gestion administrative est de plus en plus complexe. Souvent les associations sont confrontées à plusieurs interlocuteurs. Au niveau de l’organisation, 95% des tâches sont d’ordre administratif.
  • Mme FERRAND-BECHMANN :
    En effet, les associations sont confrontées à une gestion administrative lourde. La solution serait de mutualiser ces tâches.

Thème 7 : Les subventions

  • Autre intervenant :
    Les dossiers de subventions sont également compliqués. Pour la même cause ou le même projet, les différentes collectivités demandent différents dossiers avec des informations différentes. Pour les petites associations, cette gestion est très difficile.
  • Autre intervenant :
    Les associations ressemblent de plus en plus à des PME. Pour réaliser la gestion, il faut des professionnels, comme un comptable confirmé, un gestionnaire des ressources humaines ou encore des connaissances informatiques.

Thème 8 : les bénévoles, une espèce en voie de disparition

  • Autre intervenant :
    L’inquiétude des associations est au niveau du bénévolat, lorsque celui-ci se démobilise. Elles cherchent une relève.
  • M. LEPELTIER :
    Les bénévoles connaissent des cycles, des périodes où les choses tournent. Ce qui n’est pas simple pour les associations mais l’engagement est toujours présent. Les chiffres sont là.
  • Autre intervenant :
    Souvent les mêmes personnes s’engagent dans plusieurs associations. Il y a un manque d’apport nouveau.
  • M. NOIREAUX conclut en indiquant que la mort du bénévolat n’est pas encore d’actualité mais il évolue au rythme de la société. On constate en effet un phénomène de zapping, c'est-à-dire d’un mouvement à un autre. Cependant, des réflexions sont à mener notamment la place faite aux jeunes.
  • M. LEPELTIER relève un problème de communication, c’est pourquoi il indique de faire un point sur les différents lieux de ressources et de faire le relais avec les associations. Enfin, il n’y a pas moins de bénévoles mais de plus en plus de besoins. Monsieur le Maire remercie tous les participants pour leurs réflexions qui nourriront ainsi le travail de la Ville de Bourges.

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