
Depuis les antéfixes romains jusqu'aux épis de zinc fabriqués
aujourd'hui en série, on remarque l'attachement des hommes à orner
les toits. Au-delà de la fonction utilitaire, ces éléments présentent une
forte dimension symbolique.
Les Romains utilisaient des antéfixes, pièces de terre cuite posées
au bord du toit de tuiles. Ils assurent une étanchéité et une stabilité au
couvrement. Ils peuvent être ornés de visages, de têtes de bovins ou
de figures géométriques.
Le Moyen-âge a laissé une iconographie témoignant d'un goût continu
pour une ornementation des toitures. Les demeures princières
figurant dans Les très riches heures du duc de Berry (1416) sont
coiffées de somptueux ornements en métal. Le plus ancien épi de
faîtage connu est une terre cuite du XVe siècle, conservée au
musée de Troyes.
Cependant, il faut attendre la production en série de pièces en métal
ou en terre au XIXème siècle pour assister à une véritable
démocratisation. Mais cela induit un appauvrissement du registre
ornemental.
Décorer le sommet des constructions permet d'afficher un statut
social. L'épi de faîtage peut ainsi représenter le métier du
propriétaire de la maison.
Après la Révolution Française, les
maisons du peuple peuvent arborer des girouettes, jusque-là réservées à la noblesse.
Mais cette aspiration à décorer son toit pourrait aussi renvoyer à nos
mythes fondateurs. Dans toutes les civilisations, l'Homme originel
doit quitter le paradis pour avoir désobéi. Dans cet état antérieur, la
terre et le ciel étaient rassemblés. L'Homme n'aura de cesse que de
rétablir ce lien. Dans sa maison, il va créer cet axe du monde en
renforçant la notion de verticalité. L'épi de faîtage est ainsi le lien
entre ciel et terre. Sa forme revêt une fonction symbolique forte : la
boule renvoie au soleil ; la quille au phallus qui fertilise ; le coq, qui
chante à l'aube, rappelle le triomphe de la lumière sur les ténèbres…