Le 13 novembre 2009,
Jean-Christophe
Rufin était à
Bourges pour une
cérémonie donnée
en son honneur.
La veille, il prenait officiellement ses fonctions d'Académicien sous les ors de la Coupole.
Conversation avec un enfant de Bourges qui n'a pas oublié…
Dans sa mémoire, tout est net. La
Cathédrale, la rue Pelvoysin, les
cours intérieures de la vieille ville…
L'écrivain Jean-Christophe Rufin conserve
intact le souvenir de son enfance berruyère.
Avec la joie et les chagrins.
"J'étais un enfant rêveur, incertain, un enfant
qui ne savait pas quelle direction donner à sa
vie. Cette indécision m'a ouvert des voies et
fait ce que je suis aujourd'hui."
Le grand-père était médecin, il choisit de suivre ses traces. Viendra le temps de l'engagement humanitaire, des opérations sur le terrain "pour se rapprocher des zones où quelque chose se joue"… Parallèlement, Jean-Christophe Rufin écrit et voit son travail salué par la critique et suivi par le public. "Depuis mes débuts, j'ai la chance d'avoir, au gré de mes productions, fresques historiques, essais, romans, polars ou récits d'anticipation, des lecteurs fidèles."
Et pour cet auteur-voyageur, point d'angoisse de la page blanche. "Mes histoires sont nourries de mes expériences, de mon travail, des rencontres… Tout se mêle et s'entrecroise, l'écriture n'étant qu'un prolongement de l'action." Car pour l'enfant d'autrefois, rien n'a vraiment changé. "Je crois aux rêves et écrire est la suite de la réalité. Quelque chose plonge en vous, vous travaille, il y a comme un processus de digestion… pour ressurgir sous forme d'histoire." Jean-Christophe Rufin, qui se dit volontiers plus "raconteur" qu'écrivain, doit juste caler les heures. "Éviter la dispersion, surtout face à de multiples missions à exercer, est essentiel. L'écriture nécessite une suspension car on n'écrit pas la même chose dans l'action ou dans une séquence arrêtée."
Et l'emploi du temps est chargé. Depuis 2007, il occupe la fonction d'ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie, "une expérience enrichissante où l'on est toujours sur le qui-vive et aux contacts d'interlocuteurs très différents." Dans quelques mois, cependant, il devrait quitter ce poste "afin de me rapprocher de l'Europe et de la France".
Quant à son rôle d'Académicien, le benjamin de la Coupole le prend très à coeur. "Je serai à la séance d'ouverture du 3 décembre. Et je compte m'acquitter de ma mission." Cette reconnaissance nouvelle est un honneur, mais pas uniquement… "Je me vois plus comme un relais entre l'ancienne génération d'Académiciens, prestigieuse, et celle à venir. On traverse un écran pour préparer un rajeunissement et un renouvellement des troupes. Je fais partie de cette nouvelle vague."
Le 12 novembre, lors de la cérémonie d'intronisation, les amis et collaborateurs connus et moins connus étaient là. "Ce fut intense et même si je suis une vieille bête qui en a vu d'autres, l'émotion était là."
Le lendemain, pour la cérémonie donnée en
son honneur à l'Hôtel de Ville de Bourges,
le sentiment fut le même. "J'ai été extrêmement
touché car j'ai retrouvé
des amis mais aussi des
connaissances perdues de
vue, des ombres de jadis,
d'anciens voisins… J'ai fatalement songé à
ma famille divisée et qui avait connu beaucoup
de souffrances. Aussi, comme tout
le monde a disparu, j'ai vécu ce retour à
Bourges comme une réconciliation." Alors,
qui sait, Jean-Christophe Rufin reviendra-til
sur les chemins du passé. "Sincèrement,
j'y pense. Un pied-à-terre me suffirait pour
être tranquille et écrire au calme. Peut-être
aussi pour apaiser ce besoin de racines."
Un petit garçon flâne encore au pied de
la Cathédrale.