L'histoire du fer

Le fer

lustreLe fer est un métal gris, dont la température de fusion est de 1528°. Cette température est plus élevée que celle nécessaire pour fondre la fonte (alliage de fer et de carbone obtenu au haut-fourneau) ou l'acier, alliage de fer et de carbone obtenu par affinage de la fonte. Il présente la propriété de faire dévier une aiguille aimantée : c'est le magnétisme. Le fer forgé employé en ferronnerie est un fer pâteux, soudable, travaillé au marteau à la forge. Il est ensuite durci superficiellement par cémentation, qui conduit à la formation superficielle d'un carbure de fer de grande dureté.

L'extraction traditionnelle du fer

Le fer se rencontre naturellement dans le minerai de fer, dont des gisements sont connus depuis longtemps en France. L'extraction du fer se fait grâce à différentes opérations de lavage, puis de chauffage. On commence par chauffer le minerai dans des bas-fourneaux, pour dissocier le fer des impuretés, qui s'écoulent à la base du fourneau. Le métal récupéré est ensuite chauffé au charbon de bois et battu sur l'enclume pour être purifié des scories restantes. C'est l'opération de cinglage. La structure interne du fer est modifiée, rendant le fer plus facile à travailler et plus résistant. Le métal était ensuite façonné en lingots pour être commercialisé et mis en oeuvre par les ferronniers. Dans l'industrie, depuis le XVIIIe siècle, les hauts fourneaux permettent d'obtenir d'abord de la fonte (fer et carbone) qui est ensuite décarburée pour obtenir soit de l'acier (décarburation partielle), soit du fer (décarburation plus poussée).

Le forgeron

Le travail du métal à chaud :

  • martelage du fer chaud sur l'enclume pour le mettre en forme
  • étampage - moulage d'un petit morceau de fer, le lopin soit dans un moule en creux, soit sur une forme en relief
  • damas : alternance de plusieurs couches de fer doux et d'acier à différentes teneurs de carbone
  • étamage , application d'une mince couche d'étain aux propriétés anti-oxydantes
  • moulage : pratiqué depuis le XVIIIe siècle, il consiste à verser du fer en fusion dans un moule réfractaire ou sur des surfaces aménagées.

Les assemblages :

  • l'assemblage est réalisé fréquemment par soudure, depuis l'Antiquité à la forge, et aujourd'hui à l'arc.
  • brasure : c'est une sorte de soudure, avec adjonction d'un métal plus fusible que le fer, c'est-à-dire devenant mou à plus basse température
  • sertissage : fixation des bordures de deux pièces en tôle mince

Le ferronnier d'art

limesLe ferronnier d'art crée des oeuvres associées à des structures architecturales : grilles, portails, appuis de balcon, rampes d'escalier, ainsi que des éléments de mobilier ; luminaire, chenets, tables, consoles.
A la fois technicien de haut niveau, artisan et artiste, il mâitrise le dessin d'art, la connaissance des oeuvres anciennes, le dessin géométrique, et les techniques, anciennes ou récentes, du travail du fer. A partir d'esquisses et de mesures (traçages, débits), il façonne manuellement, au feu de la forge, les courbes, les volutes et les éléments décoratifs du matériau.

Le fer en Berry

Les industries du fer existent en Berry depuis l'Antiquité et sont attestées en particulier par la toponymie. Elles correspondent à l'existence de zones d'extraction du minerai de fer.
L'une d'elle, au nord de Bourges, s'étend d'Ouest en Est de Massay à Neuvy-Deux Clochers. Elle fut illustrée, en particulier, au XIXe siècle par les forges d'Ivoy-le-Pré et de Vierzon.
Une deuxième zone comprend des gisements situés sur les rebords des vallées de l'Arnon, du Cher et de l'Aubois.
Du XVIe siècle au XIXe siècle, des fonderies sont attestées à Mareuil-sur-Arnon, et d'anciennes plaques de cheminée portent la marque de ce centre. Rosières, aujourd'hui spécialisé dans l'appareillage électro-ménager, a pour origine des gisements ferreux, et était au XIXe siècle, une entreprise d'extraction du minerai de fer. Dun-sur-Auron était également un lieu d'extraction de fer. Enfin, la vallée de l'Aubois comportait plusieurs fonderies et hauts fourneaux actifs au XIXe siècle, à Torteron, Grossouvre, le Chautay, la Chapelle-Hugon, la Guerche-sur-l'Aubois.
Ces établissements fournissent le fer en lingots, en barres, ou en plaques. Il est ensuite utilisé soit dans des forges établies à proximité même de la forge, soit par des artisans indépendants. Ses principaux usages sont l'armement, l'outillage, l'habitat (décor ou structures). Il est alors travaillé par des manufactures, en particulier des fonderies et forges, ou par des corps de métiers, dont font partie le ferronnier d'art, mais aussi les maréchaux-ferrants et les charrons, nombreux en Berry, comme dans toutes les provinces françaises, jusqu'à la deuxième guerre mondiale.

Les Meilleurs Ouvriers de France et la ferronnerie

balconDès le premier concours de 1924, le concours pour l'obtention du titre "Un des Meilleurs Ouvriers de France" a comporté une section ferronnerie. De 1924 à 1939, 16 ferronniers ont reçu le titre de Meilleur Ouvrier de France. Depuis 1949, près de 100 ferronniers ont été distingués par ce titre, tandis que le titre de Meilleur Ouvrier de France a été décerné à plus de 100 serruriers. Les travaux de forge et de forge industrielle ont également été récompensés, certaines années, par ce titre. Les artisans ainsi distingués se répartissent sur l'ensemble du territoire français. Certains ont pu appartenir à des ateliers importants, telle l'entreprise Rorderel, longtemps dirigée par Raymond Subes et dont seul un employé, Jean-Pierre Foulon, actif de 1954 à 1979, a reçu, en 1982, le titre de Meilleur Ouvrier de France.

Quelques jalons sur la ferronnerie en France

Les plus anciens chefs-d'oeuvre de ferronnerie conservés sont des travaux de l'époque romane, destinés aux églises. Les grilles entourant le choeur de l'église Sainte-Foy de Conques en sont un illustre exemple.
Les pentures de portes (ornements en ferronnerie venant renforcer la solidité de vantaux de bois) de Notre-Dame de Paris, datant des environs de 1200 figurent de grands rinceaux habités, à l'exemple des décors d'orfèvrerie. Des grilles de choeur et des protections de fenêtres (dont une grille, venant du palais Jacques Coeur à Bourges, et aujourd'hui conservée à Rouen, au musée Le Secq de Tournelles) sont encore créées à la fin du Moyen Age.
Au XVIIe siècle, les ferronneries décorent toujours les choeurs des églises, mais aussi, de plus en plus fréquemment, les châteaux. Au musée du Louvre, les portes qui assurent la fermeture de la galerie d'Apollon proviennent du château de Maisons, et sont datées du milieu du XVIe siècle, mais leur auteur est anonyme. A Versailles, on note la porte monumentale de Gabriel Luchet (1678) et le balcon de Nicolas Delobel (1679) placé dans la Cour de marbre.
Le XVIlle siècle est une grande époque pour la ferronnerie, dont l'un des chefs-d'oeuvre est constitué par le décor de grilles de la place Stanislas à Nancy, dû au ferronnier Jean Lamour. Toutes les régions ont alors leurs ferronniers, auteurs, entre autres, de la grille de l'Hôtel-Dieu de Troyes, des grilles de choeur de la cathédrale de Toulouse (1767), de celles d'Amiens, de Noyons, etc.
Au XIXe siècle, le Service des Monuments historiques encourage les ferronneries néo-gothiques (grilles de clôture des chapelles de la cathédrale de Bourges, dont certaines sont remontées rue Joyeuse, au foyer Saint-François). Un goût plus éclectique est illustré au château de Chantilly par la grille du grand escalier, due à A.-G. Moreau. Emile Robert (1860-1924) est, en ferronnerie, le représentant d'un art plus épuré, parfois plus proche de la nature, et ses grilles sertissent parfois des panneaux de verre coulé de Lalique (Consulat de France à Bruxelles).
Durant la première moitié du XXe siècle, Raymond Subes, élève d'Emile Robert, est le ferronnier le plus remarquable par l'inventivité et Ia sobriété de ses décors.