Etat de la profession

Malgré l’inscription sur la liste des métiers pouvant prétendre au titre d'Artisan et de Maître-Artisan en 1975 et l’instauration d’un Certificat d’Aptitudes Professionnelles (C. A. P.), en 1980, cette profession a perdu nombre de ses praticiens.

Pour 350 professionnels en France (bien qu’un certain nombre d’entre eux ne soient pas comptabilisés, ne pratiquant cette activité que comme appoint), actuellement une centaine de taxidermistes professionnels adhèrent au syndicat des naturalistes taxidermistes de France contre 800 en 1988. . Le C.A.P. ne peut plus être présenté qu’en candidature libre. Cette baisse d’activité générale s’observe depuis l’après-guerre. A titre d’exemple, la célèbre maison londonienne « Gerrard » dans laquelle Sir Alfred Hitchcock tournera quelques scènes de «L’homme qui en savait trop » en 1956 fermera ses portes définitivement à la fin des années 1960 après plus d’un siècle de bons et loyaux services.

Les raisons sont multiples : désaffection du public de ces productions, recul de l’enseignement des sciences naturelles et baisse concomitante des demandes de l’éducation nationale, législation de plus en plus contraignante et augmentation des coûts de fabrication suite à la baisse de la demande…

Le réseau des professionnels tend à se resserrer sur un petit nombre de praticiens qui, semble-t-il, se maintiendra ainsi sur le long terme sans pour autant retrouver ses effectifs d’antan.

Témoignages de taxidermistes

« Métier d’une folle prétention : oser entreprendre de «redonner la vie ou son illusion » à ce qui est mort ? Tenter de le rendre pérenne ? Oser tenter de rivaliser avec la perfection du vivant ?
Métier d’une infinie modestie : «si » de Kipling, patiemment tenter d’observer et de connaître l’anatomie, les comportements de chaque espèce, leurs caractéristiques… avec nos seules mains et quelques outils rudimentaires, des matières inertes, ferraille et mousse de polyuréthane, tenter méticuleusement de reproduire le plus fidèlement possible : le volume, l’attitude, la grâce, l’élégance… »

Yves Gaumetou

« Lors d’un petit séjour chez mes parents, j’ai pu observer deux tourterelles en train de s’accoupler, ce qui m’a donné cette idée, mais, pourquoi avec deux pies? Parce que, ce sont des animaux mal aimés, comme tous les corvidés, mais tellement jolis ! Observez, les reflets verts, violets... Comme quoi, même en dehors du travail, l’esprit taxidermie n’est jamais bien loin. »

Patrick Liaud

« Frustré de ne pouvoir faire la taxidermie d’espèces protégées et pour élargir ma clientèle, j’ai décidé de les recréer à partir de dépouilles d’animaux commercialisables afin de rester légal vis-à-vis de la loi. C’est ainsi qu’un canard blanc est devenu spatule, une faisane un hibou, un corbeau un toucan ayant tourné pour Adèle Blanc-sec… »

Jacques Gilbert

La taxidermie : pratiques actuelles, cadre juridique et écologique

A ses débuts, la taxidermie n’était pas encadrée par la loi. Toute personne pouvait naturaliser. Avec l’évolution des pratiques et des raisonnements scientifiques, ces comportements ont été revus. La compréhension des mécanismes de l’évolution (à partir du XIXe siècle) a jeté un regard nouveau sur les populations animales. Il ne s’agissait plus de populations fixes exploitables à l’envi mais d’entités pouvant connaître des phases d’accroissements comme des phases de régression. Des lois de protection de la faune sauvage ont été progressivement mises en place pour tenter de contrer certains processus d’érosion de la biodiversité et de disparition d’espèces. Aujourd’hui, le métier de taxidermiste est fortement encadré par la loi, avec des dérogations possibles pour des raisons pédagogiques ou scientifiques.

Les textes internationaux que la France a ratifiés sont :

  • La Convention de Washington (ou CITES), dont l'objet est le contrôle du Commerce International portant sur les espèces animales et végétales menacées d'extinction par le commerce international. II est réalisé grâce à la délivrance de permis d'importation et d'exportation.
  • La Convention de Berne du 19/09/79 relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe qui nécessitent la coopération de plusieurs Etats.
  • La convention de Bonn.
  • Le Règlement Communautaire CITES (CEE).

Pour ce qui concerne la législation française, on trouvera les textes suivants (Code rural - protection de la faune et de la flore -), liste non exhaustive :

  • L'arrêté modifié du 17/04/81 fixant la liste des mammifères protégés sur l'ensemble du territoire français. Cet arrêté a été modifié de nombreuses fois depuis 1993.
  • L'arrêté du 17/04/81 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire.
  • L'arrêté du 30/12/83 sur la commercialisation de certaines espèces d'oiseaux.
  • L'arrêté du 11/06/87 fixant la liste des oiseaux protégés sur tout le territoire national, y compris les terres australes et antarctiques françaises.

A ceci, s'ajoutent des arrêtés spécifiques pour des espèces et territoires bien définis.

Les espèces autorisées sont au final les animaux domestiques et les animaux chassables et « nuisibles ». Mais, parmi ceux chassables, certains sont interdits à la naturalisation (putois, hermine). Tout animal soumis à un plan de chasse doit être accompagné de son bon de transport ou de son bracelet tant qu'il n'est pas naturalisé.