LES INONDATIONS
Fortes crues. - A Bourges. - Un sauvetage. - Dans le département du Cher.- Chez nos voisins
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Un ouvrier, M. Mondain, a fait construire dans les marais de Tivoli une maison qu'il habite avec sa femme, son fils et sa belle-fille.
Jeudi matin, il était allé à son travail, laissant chez lui sa femme et ses enfants ; à sept heures et demie, le Moulon commença à déborder ; à 11 heures, l'eau envahissait la maison. En quelques heures, la rivière avait monté de plus d'un mètre.
Les habitants de la maison, qui avaient espéré tout d'abord que la crue s'arrêterait, ne s'inquiétèrent pas outre mesure, mais il leur fallut bientôt abandonner le rez-de-chaussée et se réfugier dans le grenier. Ils y seraient encore, si deux courageux sauveteurs n'étaient venus en barque à leur secours, à une heure du soir.
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L'Yèvre a monté de 70 centimètres et inonde les marais des Ribauds.
L'Auron n'avait pas beaucoup grossi hier mais la crue est attendue. Elle était de 1m50 à Dun-sur-Auron.
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NOUVEAUX DETAILS
Le Moulon baisse. – L'Auron augmente
Une crue comme on en vit guère
Rues submergées.- C'est un véritable sinistre
Ce matin, dès 5 heures, les eaux de l'Auron qui se jettent dans le canal au lieu dit "La Pointerie" ont apporté avec elles un renfort considérable.
Et, tout de suite, la rivière qui redevient elle-même après le pont d'Auron a roulé des flots tumultueux.
D'heure en heure elle grossissait.
Bientôt la crue de 1897 fut dépassée. Si, dans un tel cas, on nous permettait une expression vulgaire, nous dirions que cette crue de 1897 n'était que de la "Saint-Jean !"
Vers neuf heures, un soleil pâle, entouré de nuages couleur d'encre, se prit à luire.
On eut dit qu'il voulait jeter une note gaie dans ce sinistre ou, pour mieux donner notre pensée, éclairer cette invasion cruelle des eaux de l'Auron.
Ici, l'on peut faire une comparaison. Elle s'impose. Elle consiste à mettre en présence le feu et l'eau.
Bien malin qui pourrait prétendre quel est le plus grave de ces deux fléaux ! Ce matin, près du pont d'Auron, nous entendions discuter sur cette question. Auquel de ces deux adversaires invétérés et éternels, donner la priorité ?
Le problème n'est pas facile à résoudre.
Les deux fléaux en présence sont aussi dangereux l'un que l'autre. Tous deux font des ravages considérables et, malgré que l'un éteigne l'autre, il est, dans certaines circonstances, plus terrible.
Contre le torrent dévastateur rien à faire, contre l'afflux des eaux d'une rivière il n'y a -si le temps le permet - qu'à fuir.
Que si, dans cet article, une note comique pouvait prendre place, nous pourrions enregistrer cette exclamation d'un brave homme qui, devant le Moulin-Rouge s'écriait :
- Bon Dieu, pourquoi la ville n'envoie-t-elle pas de pompes ?
Laissons de côté les plaisanteries, et arrivons à notre récit.
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Un vieil habitant de Bourges qui se trouvait avec nous ce matin et qui habite derrière la gare nous confiait :
- L'Yèvre et le Moulon baissent. Ce dernier à 40 centimètres de moins qu'hier, mais gare à l'Auron !
Il était neuf heures, quand nous fûmes auprès du Moulin-Rouge.
Les flots de l'Auron arrivaient impétueux. Ils avaient une couleur d'un jaune sale et ils charriaient toutes sortes de détritus, toutes sortes d'immondices.
La chaussée était envahie sur un parcours d'au moins 50 mètres.
L'établissement du Moulin-Rouge, le moulin de M. Dégueret étaient remplis d'eau, mais on avait pris des précautions, on avait enlevé tout le mobilier et les marchandises pouvant être détériorées.
La foule s'amassait.
Voici qu'une voiture passe. Le conducteur veut traverser la nappe d'eau. Le cheval se rebiffe, mais avec l'aide du fouet il marche quand même. Nous remarquons qu'il a de l'eau jusqu'au poitrail. Ceci indique la hauteur des eaux.
Les rues de la Chappe, Casanova, des Urbets, du boulevard d'Auron, sont en partie inondées.
Les habitants déménagent et c'est un spectacle bien triste que celui de ces pauvres gens fuyant le sinistre contre lequel on ne peut prendre aucune mesure efficace, emportant avec eux les objets les plus chers.
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Continuons notre parcours :
Rue du Pré-Doulet, derrière l'Abattoir, toutes les maisons sises au rez-de-chaussée sont pleines d'eau.
Il y a dans la cour de l'une d'elle au moins 80 centimètres.
Une jeune femme, portant un bébé sur le bras, a été obligée de quitter son domicile. Elle pleure, hélas, toutes les larmes de son corps et sa douleur est navrante.
Une vieille, à côté, courbée par l'âge, avec à la main un bâton noeux sur lequel elle s'appuie, déclare que, dans sa vie, elle n'a jamais vu "chose pareille".
- Ah ! la gueuse ! fait dire à une femme le poëte breton Jean Pleyber à la mer qui lui a ravi ses enfants.
- Ah ! le gueux ! pourrait dire à son tour la bonne vieille terrassée par l'âge à l'Auron qui coule…
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L'usine de celluloïd, toujours dans la rue du Pré-Doulet est envahie par l'eau. On n'y travaille pas.
Au débit Salmon, l'eau atteint plus d'un mètre vingt centimètres dans le jardin.
L'école des garçons d'Auron a sa cour envahie.
Les lavoirs sont presque enfouis sous la nappe liquide.
Quai du Bassin, les amas de sable sont minés, les piliers de briques, les masses de charbon sont baignés.
A la scierie Meunier, l'eau traverse la cour du côté du Moulin-Rouge et revient en torrents par le boulevard d'Auron.
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M. Meunier nous apprend :
- On m'annonce qu'une dépêche vient d'arriver de Dun, disant que ce matin à 5 heures la crue a atteint son maximum ; donc, ce soir, ici, entre 4 et 5 heures, elle atteindra son plus haut degré.
Comme bien on pense, cette nouvelle fut vite connue. Les habitants des maisons non encore inondées, mais sur le point de l'être, prirent leurs précautions.
Un brave marinier, dont le bateau est amarré quai du Bassin, me disait
- L'eau monte et va monter encore. Mon bateau touche le quai. Il faut que je prenne des précautions, car le plus grave pour moi sera lorsqu'elle diminuera. Il faut, je vous prie de le croire avoir l'œil, car au moment de la baisse si mon bateau touche le bord du quai il peut être retourné comme une crêpe
"De onze heures à midi moins 25 minutes j'ai constaté que l'eau à monté de 6 centimètres !"
A midi nous quittons ce côté de notre ville.
A l'horizon le soleil riait encore. Dans la tristesse de ce quartier menacé par le fléau, il jetait ses feux qui voulaient éblouir mais dans les rues menacées par le sinistre de pauvres gens pleuraient et là-haut des nuages sombres couraient, emportés heureusement par le vent.
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Avant de clore ce récit, qu'on nous permette de donner les quelques renseignements suivants qui nous parviennent :
Le train du chemin de fer économique qui arrive à Bourges le soir est arrivé hier, avec 2 heures de retard.
La route de Bourges à Asnières est coupée. Certains habitants doivent faire le tour par la butte d'Archelet.
La digue du canal du côté du Beugnon est submergée.
Reprenons maintenant notre récit relatif à la crue de l'Auron :
2 heures.
Le canal déborde au-delà du pont d'Auron. Les prairies, notamment celle qui se trouve devant Robinson, forment un véritable lac.
Le superbe établissement que l'on connaît est complètement inondé ;
La prise d'eau est également inondée. Une pompe travaille à enlever l'eau.
Le pont en bois près de l'Abattoir vacille. Le passage est interdit.
- Si la crue devient plus forte, dit un vieil ouvrier charpentier et si elle le prend en dessous vous allez voir qu'elle va le retourner !
Jolie perspective !
La foule s'amasse. L'Auron déverse toujours ses torrents furibonds. L'eau roule en faisant un bruit sourd, le temps se couvre.
Allons-nous encore avoir de la pluie ! Ce serait le comble...
Source Archives Municipales : 4S21 la «Dépêche du Berry», 22 janvier 1910
