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Histoire de Bourges

Textes de l'exposition permanente "Bourges, la mémoire d'une ville" réalisée par le service patrimoine de la Ville de Bourges
Brochure en vente 6 € à l'Office de Tourisme et dans les musées.

La Mémoire d'une villeL'émergence de la Cité

Au cours du premier Age du Fer, période dite de Hallstatt, plusieurs indices archéologiques indiquent la place privilégiée du site de Bourges.

Entre la fin du VIe et le Ve siècle avant notre ère, la construction de plusieurs habitats atteste de l'organisation de l'espace délimité par la confluence de l'Yèvre et de l'Auron.
A l'emplacement du collège Littré, des bâtiments en bois de grande qualité (traces d'enduits peints) se succèdent en respectant l'alignement du parcellaire. Une telle permanence de l'occupation se retrouve à Saint-Martin-des-Champs. Les fragments d'objets mis au jour dans les niveaux de sol de ces habitats : amphores de Marseille, céramiques d'Italie du nord, céramiques grecques à figure noire et à figure rouge témoignent des liens commerciaux avec les régions méditerranéennes ; le savoir-faire de ces régions se retrouve dans les productions de céramiques dites "indigènes", qui utilisent les techniques de façonnage au tour et de décor. Le mobilier funéraire, notamment la vaisselle de bronze étrusco-italique, confirme l'importance de ces échanges.
Le tissu de cette première agglomération du Hallstatt n'est certainement pas dense mais l'omniprésence de tessons de céramique (Nation, Jacobins) témoigne de l'expansion de ce site à la périphérie duquel d'autres habitats ont été reconnus (Marmagne et Plaimpied).
Le monde des morts fait partie du paysage de la cité : depuis le XIXe siècle, les nombreuses découvertes funéraires (tumulus, enclos,...) confirment l'émergence de cette cité. Il semble ainsi qu'un vaste sanctuaire se structure au sud de Bourges (Etablissements militaires, Fonds-Gaidons, Lazenay), entre les vallées du Cher et de l'Auron.

Une Cité : l'urbs et son territoire

Le territoire

La vallée de la Loire à l'est, les premières hauteurs du Massif Central au sud, les marais de la Brenne et de la Sologne à l'ouest et au nord constituent les limites naturelles du peuple biturige. Au IIe siècle avant notre ère, plusieurs sites de hauteur, déjà connus quelques siècles auparavant, sont de nouveau occupés et fortifiés. Ces oppida, une vingtaine, et d'autre sites entourés d'une enceinte de talus de terre et de fossés, se répartissent sur une superficie qui recouvre plus de trois de nos départements. Situées le plus souvent à proximité des cours d'eau (La Sauldre, l'Auron, le Cher,...), des nécropoles semblent associées à ces sites.

La cité

La place prépondérante de Bourges dans ce territoire est au moins fixée au moment de la conquête : les découvertes archéologiques sont confirmées par les textes. Le promontoire de Bourges, comme l'oppidum de Châteaumeillant, est couronné de fortifications avec fossés (25 m de large et plus de 10 m de profondeur et une levée de terre). L'Auron et les marais de l'Yèvre complètent ce dispositif défensif. Plusieurs portes, l'une orientée vers le plateau , et vraisemblablement des rues et des places sont évoquées par César : ...ils se reformèrent sur le forum et sur les places, ils gagnèrent d'un seul élan l'extrémité de la ville ; là comme ils se pressaient devant l'étroite issue des portes" ... (La Guerre des Gaules, VII)
A l'intérieur du rempart, à l'emplacement de l'actuelle Mairie et de l'Office de Tourisme, l'alignement de bâtiments en bois avec cours, liés à une activité de métallurgie du fer, sera repris par la voirie gallo-romaine. L'agglomération s'étendait au delà des fortifications sur un peu moins d'une centaine d'hectares : rues de Strasbourg et de Séraucourt, à Vieil-Castel, des traces d'occupation de la fin de l'indépendance ont été récemment mises au jour.
Les nécropoles funéraires se développent sur les rives de l'Auron, et à peu de distance se trouvent des exploitations agricoles ("fermes indigènes").
C'est cette seule cité que Vercingétorix renonce à incendier et que flatte César en la qualifiant d'Urbs : "Une ville qui est, ou peu s'en faut la plus belle de toute la Gaule, qui est la plus forte et l'ornement de leur pays..." (La Guerre des Gaules, VII).

L'urbanisation gallo-romaine

Avaricum ville ouverte

Après la conquête de César, la vieille cité des Bituriges Cubi est maintenue comme peuple libre. Dès le milieu du Ier siècle, urbanisme et architecture témoignent de ce statut. A la fin du IIIe siècle, la réorganisation administrative de Dioclétien fait d'Avaricum la capitale de la très vaste province d'Aquitaine Première.
La ville du Haut Empire, aux constructions plus denses, occupe une superficie estimée à environ 100 hectares avec l'agglomération : de nouveaux quartiers se développent au-delà des rivières. Commencé dès la période Augustéenne, un programme de constructions monumentales réalisé vers la fin du 1er siècle organise le centre de la cité.

Un programme d'urbanisme monumental

Le relief du promontoire est aménagé par étagement de terrasses et gradins rythmés par une voirie tracée sur un plan orthogonal orienté Nord-Ouest, Sud-Est. Une réelle perspective monumentale, composée d'une succession d'ouvrages d'art et d'édifices, couronne la rive droite de l'Auron depuis les thermes de Séraucourt jusqu'à l'amphithéâtre de la place de la Nation.
Les principales voies attestées par les Itinéraires d'Antonin et la Table de Peutinger, pénètrent par les deux portes monumentales de Lyon (rue Jacques Rimbault) et d'Auron. Dans l'axe de celle-ci, à l'emplacement des Jacobins, une succession de trois terrasses supportant le podium d'un temple domine la ville.
Au sud, trois monuments mis au jour sous le palais du duc Jean de Berry, actuel Hôtel du Département, ont été construits successivement. Un premier mur de soutènement aménage une vaste terrasse dans la ville haute (place de la Préfecture) au pied du podium. Au IIe siècle, un portique à arcades d'environ 75 m et une place publique autour d'une fontaine, forment les deux premiers gradins qui s'élèvent vers les thermes publics de Séraucourt. Reconstruit à la même époque sur un plan rectangulaire ce bâtiment présentait du côté de la porte de Lyon une abside en hémicycle entourée d'un péristyle de 40 m de diamètre.
Le côté nord du promontoire devait être semblablement aménagé, à en croire les nombreuses découvertes de blocs architectoniques, intervenues depuis le XVIIe siècle. Le seul édifice connu par les textes, dont l'empreinte marque encore le tissu de la ville actuelle, est un amphithéâtre ; la fosse des arènes, encore utilisée pour des spectacles au XVIe siècle, mais qui servait aussi de dépotoir, a été remblayée en 1620 et les maisons qui bordent l'actuelle place de la Nation occupent le haut des anciens gradins.

La vie quotidienne d'un peuple

A l'intérieur de la ville haute et dans la ville basse, les vestiges d'habitations construites en matériaux légers (bois, torchis) ou en maçonnerie côtoient de riches maisons (domus) avec hypocauste, mosaïque, péristyle.
A la périphérie de l'agglomération, les nécropoles sont implantées le long des voies : "le champs des tombeaux" sur la voie d'Argentomagus (Saint-Marcel près d'Argenton-sur-Creuse), ou le "fin Renard" sur la voie de Tinconium (Sancoins) et Lyon.
Les stèles funéraires présentées au Musée du Berry témoignent de la vie quotidienne et des métiers de ces gallo-romains.

La métropole religieuse

Biturigas s'enferme dans son rempart

Le déclin amorcé au Bas-Empire romain entraîne une généralisation des abandons et des destructions d'édifices publics et d'habitats, ainsi que la construction d'un système défensif : le rempart du IVe siècle est soigneusement appareillé en pierre et chaînages de briques, renforcé par une cinquantaine de tours et percé de 4 portes.
Les vestiges de cette enceinte sont encore visibles sur la "promenade des remparts", derrière le nouvel hôtel de ville, et à la base de l'hôtel Jacques Coeur.
La ville se referme sur une surface de 25 hectares environ. Son enceinte marque pour toujours la topographie urbaine en délimitant une ville haute dont les rues suivent le tracé elliptique.

La capitale de l'Aquitaine première

Selon la tradition rapportée par Grégoire de Tours, l'Eglise de Bourges aurait été fondée au IIIe siècle par saint Ursin.
De grands évêques : Simplice élu au Ve siècle, Oûtrille et Sulpice au VIIe siècle, jouent un rôle politique et religieux important, dans cette ville encore très romaine dont les évêques garderont pour longtemps la suprématie sur l'Aquitaine.
L'existence d'une ecclesia primitive, puis du groupe cathédral à l'emplacement de la cathédrale actuelle n'est pas prouvée ; elle est toutefois très probable sur ce site, bien avant le sanctuaire roman.

Les fondations de basiliques funéraires et de monastères

Si l'habitat de cette période nous est inconnu, les textes attestent de nombreuses fondations de basiliques funéraires à la fin du VIe siècle et au début du VIIe siècle : Saint-Oûtrille, Saint-Sulpice, Saint-Symphorien (plus tard Saint-Ursin), Saint-Paul, Saint-Ambroix au siècle suivant... dont les noms sont présents tout au long de l'histoire de Bourges, sont construites hors-les-murs sur des zones funéraires antiques (tel l'oratoire Saint-Martin-des-Champs) ou à proximité des voies d'accès aux portes de l'enceinte. Ces sanctuaires, élevés en mémoire de saints martyrs ou évêques protecteurs de la cité, regroupent peu à peu autour d'eux sépultures et... habitations.
Entre la domination des Wisigoths et la lutte des rois francs contre les ducs d'Aquitaine, des périodes plus calmes voient aussi la création de monastères, pour la plupart réservés aux femmes : Notre-Dame-de-Salles, Notre-Dame-de-Montermoyen, Saint-Pierre-le-Puellier, Saint-Laurent...

L'extension de l'espace urbain

L'époque carolingienne est liée à une première domestication des marais et peut-être à la création de l'Yévrette ; cette rivière artificielle rejoignait l'Auron près de l'abbaye Saint-Sulpice.
Proche de celle-ci, le bourg Saint-Sulpice s'est développé autour de son marché et de ses foires.
Les bourgs suburbains et les établissements religieux extra-muros ont probablement souffert des raids des Normands et des Hongrois à la fin du IXe siècle et au Xe siècle.

La Ville royale

En 1100, le dernier vicomte de Bourges Eudes Arpin, vend ses biens au roi de France Philippe 1er pour financer son départ en croisade.
Le jour de Noël 1137, Louis VII est couronné dans la cathédrale romane de Bourges, en présence de sa jeune épouse, Aliénor d'Aquitaine. Lorsque celle-ci se remarie avec Henri II Plantagenêt, ce petit territoire du Berry devient le seul domaine royal au sud de la Loire, face aux possessions du roi d'Angleterre.
Les deux constructions majeures de cette époque, la Grosse Tour et la cathédrale gothique, seront les symboles du pouvoir royal des capétiens et de la puissance des archevêques de Bourges, primats d'Aquitaine.

L'enceinte médiévale et la Grosse Tour

Prenant en compte le contexte politique et l'extension de la ville, un nouveau système défensif est mis en place entre 1160 et 1190 ; Philippe-Auguste autorise les habitants de Bourges à construire sur l'ancien rempart à partir de 1181.
L'enceinte médiévale - un mur de pierres, taluté et bordé d'un fossé, doublé d'un rempart de terre à l'intérieur - englobe la ville basse et de vastes zones inhabitées (marais et jardins). Les nouvelles portes se situent sur les anciennes voies d'accès, entraînant parfois la construction de ponts fortifiés comme pour la porte Saint-Privé (actuelle rue Edouard Vaillant) et la porte d'Auron.
Sur le côté le plus vulnérable, qui reprend le tracé du mur antique au sud, la construction de la Grosse Tour verrouille la rue Moyenne et condamne l'ancienne porte de Lyon ; la porte Bourbonnoux devient alors l'un des principaux accès à la ville.
La Grosse Tour est peut-être le prototype des donjons de Philippe-Auguste puisqu'elle a été construite en 1189, un an avant le donjon du Louvre. Cet ouvrage militaire, véritable forteresse royale possède ses propres tours, enceintes et fossés, l'isolant de la ville comme de l'extérieur.
Son empreinte au sol est matérialisée aujourd'hui devant la nouvelle mairie.

A la fin du XIIe siècle, une cathédrale d'avant-garde

Figure de proue du domaine capétien face au midi de la France, la nouvelle cathédrale Saint-Etienne se devait d'être unique dans sa conception.
En 1195, l'archevêque Henri de Sully prend la décision de reconstruire la cathédrale, à partir de l'est, dans le nouveau style gothique.
Le choeur s'élève sur une église basse dite à tort "crypte", établie sur le fossé du rempart gallo-romain, qui est alors franchi pour gagner de l'espace. Les caractéristiques architecturales de l'ensemble sont déjà présentes dans le chevet : composition pyramidale, audace de la double volée d'arcs-boutants, correspondant à la recherche des effets de perspective et de fusion des volumes dans l'espace intérieur.
Le successeur d'Henry de Sully, en 1199, l'archevêque Guillaume de Donjon, ancien abbé cistercien, prend une part importante dans le développement du chantier et dans la définition du programme iconographique dont le but est apologétique: la cathédrale dans sa totalité, son décor sculpté, ses vitraux, est une affirmation du dogme, contre les hérésies. En 1209, le décès de Guillaume interrompt le chantier pour quelques années, mais sa canonisation dès 1218 entraîne un afflux de dons de la part des fidèles et des pèlerins.
Le chantier reprend alors avec la construction de la nef à double collatéraux, puis de la façade aux cinq portails ; le gros oeuvre était sans doute terminé dans les années 1230. La tour sud, menacée d'écroulement, est consolidée par un énorme pilier butant dès le début du XIVe siècle.
Les architectes qui ont succédé au premier Maître de Bourges ont su préserver la cohérence et la simplicité apparente du programme et du plan, l'absence de transept contribuant à l'effet d'unité de l'espace.

La ville s'épanouit : l'essor économique et religieux

Le cloître du chapitre se referme autour de la cathédrale et du palais de l'archevêché, d'anciennes églises sont reconstruites, de nouvelles églises sortent de terre, une quinzaine de paroisses se mettent en place pour répondre à l'accroissement démographique. Les ordres mendiants s'implantent avec les Cordeliers (Franciscains), puis les Jacobins (Dominicains), les Augustins, plus tard les Carmes...
La grange-des-dîmes et l'église gothique Saint-Pierre-le-Guillard, témoignent encore aujourd'hui de la richesse architecturale des XIIe et XIIIe siècles à Bourges.
La ville est un chantier de construction, animé d'activités artisanales et de foires annuelles ; autour de la place Gordaine se regroupent un marché, les boucheries et les changes ; les moulins se développent, favorisant notamment le long de l'Yévrette, l'installation de forges et d'ateliers de fabrication du drap et des peaux. Viticulteurs, maraîchers et jardiniers se partagent de larges espaces non bâtis, particulièrement dans le secteur sud-est de la ville.
Bourges est une riche cité dans laquelle les habitants ont acquis des privilèges et les bourgeois des responsabilités pour gérer les biens communs.

Le temps des mécènes

La ville du duc Jean de Berry et de Charles VII

Jean de France (frère de Charles V), qui a reçu les provinces de Berry et d'Auvergne en apanage, fait de Bourges sa capitale dans une France dévastée par la Guerre de Cent Ans.
Le mécénat fastueux de Jean de Berry a développé à Bourges un des foyers artistiques et culturels les plus importants de son temps. A partir de 1370, les frères Dammartin, architectes du Louvre, construisent sur l'ancien rempart de Bourges, le palais ducal et la Sainte-Chapelle.
Des sculpteurs, peintres, verriers, venus pour la plupart des Flandres, les décorent somptueusement à l'image de ce que laissent entrevoir les célèbres miniatures des"Très Riches Heures" et les oeuvres (sculptures et vitraux) conservées dans la cathédrale Saint-Etienne. Le "grand Housteau" (rose de la façade occidentale) marque aussi l'époque de Jean de Berry.
Les structures administratives laissées en héritage par le duc Jean permettent à Charles VII d'installer à Bourges la capitale de son petit royaume après son accession au trône en 1422. Avec l'aide financière de Jacques Coeur, de la ville et de l'Eglise de Bourges, Charles VII y prépare la reconquête du pays.

Le Mécénat de Jacques Coeur

Un fils de marchand pelletier né à Bourges vers 1400 connaît une ascension sociale fulgurante : Jacques Coeur, anobli par Charles VII dont il était l'Argentier, bâtisseur d'un empire commercial et maritime, protégé du pape Nicolas V, a laissé à la ville et à la cathédrale de grands exemples de son mécénat, dans la lignée des chantiers précédents. Son hôtel est bâti entre 1443 et 1450 sur le rempart gallo-romain comme la plupart des édifices de prestige à Bourges.
Jacques Cœur ne profita pas longtemps de sa maison, puisqu’il est arrêté en juillet 1451.

L'Incendie de la Madeleine et la reconstruction de la ville

En 1487, Bourges est une "grande" ville d'au moins 15 000 habitants malgré épidémies de peste et disettes ; Louis XI l'a dotée d'une Université et de deux foires par an.
Les "ouvroirs" des marchands s'alignent dans les rues proches de l'ancienne enceinte, les artisans sont regroupés par quartiers dans la ville basse. Dans la "cité" (la ville haute), les demeures aristocratiques et bourgeoises, celles du haut clergé et des artistes se répartissent l'espace.
Mais le plus violent des incendies de l'histoire de Bourges, "le grand feu de la Madeleine" du 22 juillet 1487, détruit plus d'un tiers de la ville et contribue fortement au déclin de l'économie berruyère.
L'église Sainte-Croix, les quartiers Saint-Ambroix et Saint-Bonnet, la place Gordaine, et la superficie correspondant aux actuelles rues Mirebeau, Edouard-Branly, Edouard-Vaillant, Coursarlon, Joyeuse, et Bourbonnoux (dans le bas de la rue).. constituent la zone sinistrée. Ce sont alors les quartiers les plus peuplés et les plus denses en commerces et artisanat.
La reconstruction des maisons en pan de bois se fait rapidement sans modifier l'ancien parcellaire en lanières étroites. Ces maisons de Bourges, telles qu'on peut les voir encore aujourd'hui, sont caractérisées par des encorbellements réduits (sur poteau élargi pour la plupart) et des colombages en croix de Saint-André.
Choux frisés et pinacles sont les motifs les plus fréquents du décor sculpté, toujours gothique.
La disposition et la fonction des pièces, distribuées par un long couloir latéral et un escalier en vis, restent à peu près constantes au cours des siècles .

De l'hôtel des Echevins à l'hôtel Cujas

Un hôtel de ville pour les échevins
Le tissu urbain sera davantage affecté par les constructions d'hôtels ; l'étendue de ces demeures pourvues de cours et jardins nécessite le regroupement de plusieurs parcelles, phénomène qui s'accentuera tout au long des XVIe et XVIIe siècles. C'est ainsi que la "municipalité" représentée par quatre échevins élus et anoblis, se dote en 1489 d'un hôtel de prestige dans un style encore gothique flamboyant qui s'inspire de l'hôtel Jacques Coeur.

Les demeures de la Renaissance
Les frères Lallemant, de riches notables amateurs d'art, font construire un vaste hôtel dont l'ornementation sculptée introduit pour la première fois des éléments de la Renaissance italienne.
Quelques années plus tard, vers 1515, un marchand italien, Durand Salvi, fait bâtir une belle demeure en brique et pierre, habitée ensuite par le juriste Cujas, qui lui donnera son nom.

L'Eglise de Bourges face à la Réforme et à l'Université
Le début du XVIe siècle est marqué par la reconstruction de nombreuses églises telle Saint-Bonnet, la fondation de nouveaux couvents comme l'Annonciade ; un Hôtel-Dieu est édifié vers la porte Saint-Sulpice (actuelle rue Gambon) et la tour nord de la cathédrale est rebâtie après son effondrement en 1506.
Mais dans le m me temps, les idées nouvelles de la Réforme se propagent, notamment au sein de l'Université de droit où Calvin vient étudier vers 1531.
La soeur de François 1er, Marguerite d'Angoulême, duchesse de Berry, avait soutenu des professeurs renommés comme le milanais Alciat ; Marguerite de Valois, qui lui succède, se montre tolérante envers les humanistes favorables à la Réforme.
La violence des guerres de religion atteint Bourges en 1562 : la plupart des édifices religieux subissent de graves déprédations lorsque la ville est aux mains des protestants ; l'exil qui frappe ensuite la communauté protestante, fait perdre à la ville, déjà en déclin, une bonne part de son élite bourgeoise et intellectuelle.

La capitale provinciale

Les Bourbon-Condé gouverneurs du Berry et la Contre-Réforme

Lorsque les Berruyers accueillent le nouveau gouverneur et capitaine de la Grosse Tour, Henri II de Bourbon, prince de Condé, en 1616, la ville n'est plus qu'un centre administratif dont un bon nombre de monuments et d'ouvrages fortifiés sont dégradés, l'économie exsangue et la population affaiblie par les épidémies de peste.
L'Eglise de Bourges et le prince de Condé soutiennent la Contre-Réforme, encourageant l'installation de nouvelles communautés religieuses (Minimes, Carmel, Oratoriens, Ursulines, etc), les reconstructions d'abbayes (Saint-Ambroix, Saint-Sulpice, Saint-Laurent) et les restaurations de couvents et d'églises.
C'est au collège des Jésuites, construit dans les années 1620 d'après les plans du père Martellange, qu'est éduqué Louis de Bourbon-Condé. Devenu à son tour gouverneur du Berry, il mêlera la ville aux événements de la Fronde. Cet échec se soldera par la destruction de la Grosse Tour, en 1653, au grand soulagement de la population qui y voyait le symbole de la guerre civile. Le pouvoir local sera désormais aux mains des intendants du roi.

Le grand siècle classique de Bourges

L'architecte berruyer Jean Lejuge, actif à Bourges de 1620 à 1650, répond à de nombreuses commandes religieuses et municipales. La galerie de l'hôtel des Echevins, l'hôtel du Bureau des Finances entre cour et jardin, selon le type parisien, la reconstruction des abbayes Saint-Sulpice et Saint-Ambroix, les bâtiments ajoutés à l'Hôtel-Dieu, la chapelle Saint-Roch, etc, ainsi que les hôtels qui s'inspireront ultérieurement de son oeuvre, donnent à Bourges un bel ensemble d'architecture classique.

Un architecte parisien au service d'un grand prélat

Archevêque de Bourges en 1677, Michel Phélippeaux de la Vrillière fait appel à un célèbre architecte parisien, Pierre Bullet, pour reconstruire un palais archiépiscopal digne de ses ambitions.
Face au portail sud de la cathédrale, se déploie la seule aile réalisée de ce projet inachevé qui devait être "une des merveilles de ce siècle" (actuellement occupée par l'hôtel de ville). Le jardin à la française prévu pour l'accompagner ne sera aménagé qu'en 1733.
Dans ce périmètre de la ville haute où se concentreront toujours les édifices du pouvoir, se trouve aussi le grand séminaire (actuel centre administratif) construit sur les plans de Pierre Bullet à la fin du XVIIe siècle.

Les tentatives manquées de relance économique

Marché agricole dépérissant, place forte dont les remparts sont ruinés, Bourges ne s'ouvre pas davantage sur les échanges extérieurs. Les intendants royaux qui se succèdent constatent l'absence d'esprit d'entreprise des Berruyers et la pauvreté de la population. Dans les dernières années du XVIIe siècle, l'intendant Dey de Séraucourt crée des ateliers de charité et emploie 600 personnes pour niveler le terrain de ce qui deviendra l'esplanade Séraucourt. Au cours du XVIIIe siècle, des manufactures de draps et d'étoffes, "d'indiennes" et de coutellerie tentent de s'implanter sans grand succès.

Après la Révolution...

La Révolution entraîne, comme ailleurs, la désaffectation des édifices religieux, la dispersion totale du mobilier cultuel et un changement momentané du nom des rues et des places.
Le clergé affaibli ne jouera plus le rôle de mécène, le patrimoine immobilier religieux, si important à Bourges, se trouvera à l'abandon (sauf la cathédrale et les trois églises paroissiales).
Dans une population stable de 16 000 habitants, la bourgeoisie forme la classe dirigeante et riche de ce chef-lieu départemental.

La préfecture industrielle et commerciale

Bourges retrouve son rôle institutionnel

Sous le premier Empire, les établissements d'Etat se regroupent à Bourges : académie d'Université, Cour de Justice, commandement militaire de la région ; un vaste archevêché est rétabli.
Les anciens monuments sont réutilisés : la Justice s'installe dans l'hôtel Jacques Coeur, la mairie dans l'hôtel contigu, la gendarmerie occupe l'hôtel Cujas et la caserne le grand séminaire.

Un marché agricole régional et le canal de Berry

Bourges affirme sa volonté d'équipements modernes et assume son rôle de marché agricole en faisant construire la Halle-aux-Blé dans les années 1832-36.
Le canal de Berry était un vieux rêve : si le tracé a été défini en 1822, la mise en circulation ne date que de 1843.

1850 : les grands projets d'aménagement urbain et la métallurgie

L 'arrivée du chemin de fer
Après quelques polémiques sur son emplacement, la gare est construite en 1851 au nord de la ville près de l'hôpital général ; ainsi se développe le nouveau quartier du faubourg Taillegrain.

Un quartier ouvrier pour l'usine de Mazières
Après l'échec des Forges et Fonderies de Bourges, l'usine de Mazières est créée en 1846 par le marquis de Vogüe. Sa fonte moulée et sa fonte d'art destinées à la construction industrielle feront sa réputation à travers le monde : charpentes, colonnes et marquises pour des gares, à Vienne, à Marseille ; pour des marchés couverts à Paris (halles de Baltard), à Pernambouc au Brésil et... à Bourges (halles Saint-Bonnet).
Le quartier de Mazières aux maisons en bandes sur la rue, souvent jumelées, est une petite cité ouvrière.

Un projet haussmannien
La grande percée dans l'axe de la cathédrale, dessinée par l'architecte Jullien, n'est qu'en partie réalisée : seule la rue Napoléon III (actuel boulevard de Strasbourg) sera ouverte à la fin du siècle.

La décennie 1860-1870 : les "établissements militaires" et les grands édifices municipaux

L'idée de regrouper au centre de la France, (loin des frontières) les usines d'armement, a fait son chemin... jusqu'à Bourges : la ville est finalement choisie en 1860.
Sur le plateau à l'est de la ville s'implantent la Fonderie de canons (1866), l'arsenal, la Direction de l'Artillerie et l'Ecole de Pyrotechnie. Un champ de tir de 282 hectares complète cet ensemble militaire qui marque la ville jusqu'à nos jours et ne cessera de s'agrandir.

Du théâtre municipal au château d'eau
A la fin de la municipalité Planchat en 1866, la population de Bourges a doublé et atteint 30 000 habitants. Cette croissance démographique justifiait la création d'équipements collectifs.
Si les abattoirs construits en 1864 près de la Halle-aux-Blés ont disparu en 1981, la ville conserve encore son théâtre municipal et un château d'eau de style néo-Louis XIII.

Pour préparer le XXe siècle

Les grands axes de liaison
A partir de 1878, le maire Eugène Brisson lance un vaste programme de voirie : la ville est ceinturée de boulevards qui suivent le tracé de l'enceinte médiévale, puis de grandes voies sont ouvertes pour relier entre eux les nouveaux quartiers, militaire, industriel et ouvrier, ainsi que la gare.

1885-1914 : des écoles et des équipements collectifs
Dans la suite des grands travaux, la municipalité mène une politique d'implantation de groupes scolaires dans les nouveaux quartiers.
L'église des Carmes, place Cujas, est démolie pour édifier en 1882 une Ecole Nationale des Arts appliqués à l'Industrie, ce bâtiment de style éclectique sera lui-même détruit en 1976.
Le marché couvert de la place Saint-Bonnet est construit en 1886 sur le modèle des halles de Paris avec la fonte moulée de l'usine de Mazières ; la gendarmerie, la prison du Bordiot, l'asile de Beauregard et plus tard la Chambre de Commerce et la poste (édifices néo-gothique) viendront compléter ces équipements collectifs.

Bourges Belle Epoque : la rue Moyenne
Depuis 1853 la rue Moyenne, artère principale du centre-ville, faisait l'objet de percements et d'alignements, la suppression des derniers immeubles du square Victor-Hugo vers 1898 l'ouvre enfin vers la place Séraucourt et une ligne de tramway l'emprunte alors.
En 1901, Bourges compte 46 500 habitants, le commerce est florissant rue Moyenne : grands magasins, immeubles de rapport, boutique "art nouveau" comme les Forestines, et banques.

Le XXe siècle : patrimoine et modernité

Pendant la 1re Guerre Mondiale, Bourges devient un des principaux centres de production d'armement, avec l'arrivée de travailleurs venus du monde entier (Afrique, Chine...), le chiffre de la population atteint 100 000 habitants.
Henri Laudier, maire de 1919 à 1943, est confronté à la reconversion et au besoin de moderniser la ville. Il obtient en 1928 l'implantation de l'usine d'aviation Hanriot (devenue Aérospatiale) et crée l'aéroport.
Il bâtit les premiers H.B.M. (ancêtres des H.L.M.) dans les quartiers du Moulon et de l'Aéroport. Un document d'urbanisme est élaboré : le plan d'embellissement (1932). De grands chantiers suivent : jardin des Prés-Fichaux, salle des fêtes Séraucourt, agrandissement de l'Hôtel-Dieu. En même temps s'élèvent de nouvelles églises : Sacré-Coeur, Saint-Henri, Sainte-Barbe.
Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle Bourges est occupée pendant quatre ans, une formidable augmentation démographique marque les "trente glorieuses" : 51 000 habitants en 1946, 60 000 en 1962, 77 000 en 1975. Il faut loger d'urgence, et des immeubles s'élèvent dans différents quartiers (Avaricum) mais surtout à "Bourges-Nord" (Chancellerie, Gibjoncs...) qui accueille 30 000 personnes au milieu des années 70.
Les nouveaux habitants travaillent dans les industries militaires, à l'Aérospatiale, dans l'usine Michelin établie à Saint-Doulchard, etc... et de plus en plus dans les services.
La vieille ville reste presqu'intacte, et bénéficie même de mesures de protection et d'amélioration : plan de secteur sauvegardé, étudié à partir de 1965, nombreuses restaurations et rénovations de maisons particulières et de monuments, comme l'hôtel des Echevins, qui abrite le musée Estève (1987), rues piétonnes, etc.
Pour équilibrer la ville au Sud, un lac artificiel est mis en eau en 1977, autour duquel se constitue le quartier du Val d'Auron agrémenté de nombreux équipements sportifs et de loisirs.
En 1989, l'arrivée de l'autoroute A 71 attire l'attention vers l'Ouest, et la ville crée une zone d'activités économiques, le PIPACT, reliant aéroport et échangeur, en passant par la Chambre de Commerce, le Centre d'Affaires, etc. A l'Est, le nouveau Centre Hospitalier (1994) laisse entrevoir un autre développement urbain.
Premier élément du contournement de Bourges, la rocade Sud est bientôt suivie de la rocade Ouest, en attendant l'Est puis le Nord. L'ancienne cité est en effet devenue le centre d'une agglomération de 100 000 habitants. Mais on y respire : la seule superficie de Bourges représente les deux-tiers de Paris..., les marais ont été protégés, de nouveaux jardins ont été plantés (parc paysager de Bourges-Nord, jardin de Lazenay).
La vie culturelle connaît un essor remarquable à partir de l'ouverture en 1963 de la Maison de la Culture inaugurée par André Malraux l'année suivante. A proximité, se regroupent le Palais des Congrès (1983), le Muséum d'Histoire Naturelle (entièrement rénové en 1989) et la Médiathèque (1994).
Le "Printemps de Bourges", festival des musiques actuelles, créé en 1977, a pris son essor et fait partie aujourd’hui des festivals de musique qui comptent
Le développement universitaire symbolise les années 90, avec les antennes des Facultés de Sciences et de Droit, le centre de formation de la C.C.I. et l'Ecole Nationale Supérieure d'Ingénieurs de Bourges qui s'ajoutent à l'IUT (1968) et à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.
Les années 90 ont marqué un cap pour le bassin d’emploi avec les restructurations des industries de défense. Serge Lepeltier, élu maire de Bourges en juin 1995, a accompagné ces restructurations en mobilisant les acteurs locaux et nationaux pour transformer la ville et attirer de nouvelles entreprises.
De nombreuses friches militaires ont été transformées en Zones d’activités économiques ou de loisirs: ZAC du COMITEC, ZAC Esprit 1, «Les Quais du Prado».
La ville s’est également enrichie d’une patinoire (juin 2004), d’une salle de spectacles au Nord de Bourges baptisée «le Hublot» (octobre 2005), d’un Auditorium (septembre 2006), d’un Nouveau Conservatoire de Musique et de Danse (septembre 2007).
La Ville de Bourges est aujourd’hui engagée dans le plus important projet de «Renouvellement Urbain» en France (347 millions d’euros).